
Cameroun 1- Côte d’Ivoire 0
Le Renard moins rusé que les LIONS ?
8 octobre 2026 — Moussa Mahamadou Nazirou
Il y a des défaites qui valent trois points perdus. Et puis il y a celles qui posent des questions.
À Ebimpé, samedi dernier, la Côte d’Ivoire s’est inclinée 0-1 face au Cameroun. Un simple match amical, diront certains. Mais dans le football international, surtout lorsqu’on porte le maillot d’une nation championne d’Afrique, les matches amicaux n’ont jamais tout à fait le goût de l’innocence.
Hervé Renard l’avait d’ailleurs prévu avant la rencontre : « Au niveau international, il n’y a pas de match amicaux. »
Et le Cameroun est venu rappeler cette réalité.
Le retour de Renard commence déjà à produire des interrogations
Onze ans après avoir conduit la Côte d’Ivoire à son sacre continental de 2015, Hervé Renard est revenu sur le banc des Éléphants. Il a succédé à Emerse Faé, artisan du titre remporté en 2024, dans l’objectif affiché d’ouvrir un nouveau cycle.
Les débuts avaient pourtant été prometteurs : deux victoires, deux buts à zéro, contre le Ghana puis la Somalie dans les éliminatoires de la CAN 2027.
Puis est arrivé le Cameroun.
Et là, le décor change.
Le Renard avait choisi de largement remanier son équipe, avec notamment plusieurs joueurs découvrant ou retrouvant le niveau international. Le technicien français a lui-même assumé ce choix, expliquant qu’il voulait profiter de cette rencontre pour observer les nouveaux éléments.
Mais voilà le paradoxe du football : on peut avoir raison dans sa démarche et être rattrapé par le résultat.
Le Cameroun n'a pas demandé la permission
Face à une Côte d’Ivoire largement renouvelée, les Lions indomptables ont été plus réalistes.
0-0 à la pause.
Puis, dès le retour des vestiaires, Bil Nsongo profite d’une passe d’Arthur Avom pour inscrire l’unique but de la rencontre.
Un but qui vaut une victoire.
Et surtout, un but qui rappelle une vieille vérité du football africain : l’expérimentation n’annule jamais l’obligation de résultat.
**Intentions **
La Côte d’Ivoire a poussé. Elle a eu des situations. Elle a même terminé la rencontre avec davantage d’intentions offensives. Mais le Cameroun a tenu.
**Alors, Hervé Renard a-t-il déjà tapé dans le poteau ? ** Pas encore.
Mais il vient certainement de toucher le poteau des premières interrogations.
Il serait absurde de condamner un sélectionneur après une seule défaite, qui plus est dans un match amical. Mais il serait tout aussi imprudent de considérer cette défaite comme un simple détail sans conséquence.
Car Renard n’arrive pas dans une sélection quelconque.
Il revient dans une Côte d’Ivoire qui a été championne d’Afrique avec Emerse Faé. Il hérite donc d'une équipe qui connaît déjà le goût du succès et dont les supporters attendent naturellement beaucoup.
Le défi n’est pas simplement de gagner.
Le défi est de construire sans déconstruire.
Héritage
Faé est parti, mais son héritage reste
Le changement de sélectionneur ne signifie pas que l’histoire recommence à zéro.
Emerse Faé a laissé derrière lui un groupe, une culture de la gagne et surtout un titre continental. Renard doit maintenant imposer sa méthode tout en composant avec cette réalité.
C’est là que se trouve probablement le véritable enjeu de cette nouvelle aventure.
Il ne s’agit pas de savoir si Hervé Renard est capable de gagner des matches. Son palmarès répond déjà à cette question.
La question est plutôt celle-ci :
Quelle Côte d’Ivoire veut-il construire ?
Une équipe de transition ?
Une équipe de reconquête ?
Ou une équipe capable de prolonger l’héritage de la génération championne d’Afrique tout en préparant la suivante ?
Une défaite, mais pas encore un verdict
Le Cameroun a gagné.
C’est factuel.
La Côte d’Ivoire a perdu.
C’est également factuel.
Mais une chronique sportive ne doit pas transformer un résultat en procès.
Hervé Renard dispose encore de temps pour tester, corriger, observer et construire. Son propre discours après le match allait dans ce sens : cette rencontre devait notamment lui permettre de voir à l’œuvre des joueurs qui avaient eu peu de temps de jeu auparavant.
Alors non, le retour de Renard n’est pas raté.
Mais oui, le Cameroun vient de lui rappeler que le nouveau cycle ivoirien ne sera pas une promenade de santé.
Et peut-être est-ce justement ce qu’il fallait à cette équipe ?
Un avertissement.
Un petit coup de frein.
Un poteau.
Parce qu'en football, parfois, le poteau ne vous élimine pas : il vous réveille.
À Hervé Renard maintenant de transformer ce poteau en leçon.


