
Du cash au clash
FRANCE, VRAIMENT "YAKO " !
23 août 2026 — Moussa Mahamadou Nazirou .
L'Afrique serait elle, devenue aussi, le continent qui ne voit que la France comme explication à ses malheurs ? Vraiment, France, Yako !
Victime éternelle - et si le plus grand frein au développement était le refus d'assumer son histoire ?
Une histoire qu'on aime à moitié raconter.
Quand on parle de l'esclavage et de la traite transatlantique, le récit dominant s'arrête souvent au bateau négrier, au port européen, à la plantation. C'est une vérité incomplète. Avant qu'un seul captif ne monte sur un navire négrier, il fallait qu'il soit capturé, vendu, transporté jusqu'à la côte — et cette chaîne commençait presque toujours à l'intérieur du continent africain, par des Africains eux-mêmes.
Ce n'est pas une invention révisionniste. C'est un fait établi par des historiens africains, africanistes et internationaux depuis des décennies.
Des royaumes qui ont bâti leur puissance sur la traite
- Le royaume du Dahomey (actuel Bénin) a organisé une véritable économie de guerre autour de la capture d'esclaves, vendus aux comptoirs européens en échange d'armes à feu, de tissus et d'alcool — ce qui lui permettait ensuite de mener de nouvelles razzias plus efficaces encore.
- L'empire Ashanti (actuel Ghana) a prospéré en grande partie grâce au commerce d'esclaves et d'or, devenant l'un des partenaires commerciaux les plus puissants des Européens sur la Côte-de-l'Or.
- Le royaume Kongo, dès le XVe‑XVIe siècle, a intégré la traite dans son système politique, certains rois échangeant des captifs de guerre ou des populations rivales contre des biens manufacturés européens.
- Sur la côte du Bénin, du Nigeria (royaume d'Oyo, cités‑États igbo) et jusqu'en Afrique de l'Est avec le rôle de Zanzibar dans la traite arabo‑swahilie, le schéma se répète : des élites locales qui capturent, qui vendent, qui s'enrichissent.
Le commerce triangulaire n'aurait pas pu fonctionner à cette échelle sans des intermédiaires africains organisés, souvent des États structurés, parfois même des rois qui résistaient farouchement quand les Européens tentaient de mettre fin à la traite — parce que leur économie et leur pouvoir en dépendaient.
Ce que cela veut dire — et ce que cela ne veut pas dire
Reconnaître cette histoire ne revient pas à disculper l'Europe. La demande européenne, le capital investi dans les navires négriers, l'exploitation coloniale qui a suivi : tout cela relève d'une responsabilité historique majeure et documentée. Les deux vérités coexistent, elles ne s'annulent pas.
Mais une histoire à sens unique — où l'Afrique n'est qu'une victime passive, jamais actrice — n'est pas une histoire honnête. Et une mémoire incomplète a un coût aujourd'hui : elle nourrit une culture politique du bouc émissaire.
Le réflexe du bouc émissaire, aujourd'hui
Depuis les indépendances, un schéma se répète dans plusieurs pays : dès qu'une crise économique, politique ou sociale éclate, le réflexe collectif — porté parfois par les dirigeants eux‑mêmes — est de désigner un responsable extérieur.
La France, l'ancien colonisateur, devient l'explication de tout : de la pauvreté, de la corruption, des coups d'État, de l'échec des politiques publiques et même des enfants qui ne veulent plus se rendre à l'école. Ne rions donc pas...
Ce réflexe n'est pas illégitime dans son principe — la Françafrique, les ingérences militaires et monétaires (le franc CFA en est un exemple souvent cité) sont des réalités réelles et critiquables. Le problème n'est pas de critiquer la France. Le problème, c'est quand cette critique devient la seule grille de lecture, celle qui dispense de tout examen interne : la gouvernance, la corruption locale, les guerres entre États et ethnies africaines, les responsabilités des élites africaines elles‑mêmes — hier dans la traite, aujourd'hui dans la gestion des ressources.
Vouloir avoir raison plutôt que vouloir avancer
Il y a une différence entre chercher la vérité et chercher un coupable. La première pousse à se regarder soi‑même, à corriger, à construire. La seconde soulage sur le moment, mais enferme dans une posture de victime éternelle — confortable, parce qu'elle évite la remise en question, mais stérile, parce qu'elle ne résout rien.
Un continent qui n'a que la France comme explication à ses malheurs se prive d'une partie essentielle de son propre pouvoir : celui de se corriger lui‑même. Reconnaître la complicité historique dans la traite, reconnaître les échecs de gouvernance contemporains, ce n'est pas une trahison — c'est une condition du développement.
Se souvenir de la traite négrière dans toute sa complexité — y compris la part africaine — n'affaiblit pas la mémoire des victimes. Au contraire, cela l'honore davantage, parce que cela dit la vérité entière plutôt qu'une version simplifiée pour les besoins d'un récit politique. Et cette vérité entière est peut‑être la seule chose capable de sortir le continent du cycle du blâme perpétuel.
L'AFRIQUE et ses africains ne sont pas à des bizarreries près et à un paradoxe près


